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Notre histoire
Le moulin de rotrou un modèle de production

Racontez-nous votre projet, comment est-il né, dans quel contexte? Êtes-vous originaire de la région?

 

Au départ, c'est une histoire de famille. Mes parents étaient meuniers ici au Moulin de Rotrou. Ils sont arrivés en 1948. Le moulin était complètement détérioré, ils l'ont remis sur pied.

Ils ont vécu de ce métier, c'est à dire que mon père allait acheter du blé dans les fermes, les coopératives ou dans les graineteries. Il fabriquait la farine qu'il revendait aux boulangers et pâtissiers du coin. Tout ça se faisait dans un rayon de trente, quarante kilomètres grand maximum.

On était vraiment dans une économie de circuits-courts.

 

Et puis la meunerie s'est restructurée à une vitesse galopante. En 1948 sur cent moulins hydrauliques dans la Sarthe, on est passé en 1984 (au décès de mon père) à six minoteries industrielles et de l'énergie hydraulique à l'énergie électrique. Le moulin s'est vraiment arrêté au point de vue d'entité économique en 1986.

Je vous avoue que je n'étais pas du tout d'accord d'en faire un site touristique. Pour moi il avait vécu sa vie économique mais il y avait tout un groupe: la famille, les amis, les anciens boulangers, des gens qui aiment le patrimoine, qui trouvaient dommage que tout s'arrête.

On a créé une association en 1988 qui avait pour but de maintenir le moulin en état de fonctionnement, c'est à dire la rivière, le barrage, la mécanique du moulin et de transmettre tous les savoirs autour de la meunerie, du blé, du pain…

 

Comment était Vaas à cette époque? C'était encore un village vivant?

 

Oui, c'était un village vivant parce que le Loir passe au milieu du village et pendant tout un temps, grâce au train, les familles du Mans venaient le samedi et le dimanche pêcher ou se baigner dans le Loir. Cela faisait des sorties à la campagne pas trop onéreuses et agréables.

C'était très vivant Vaas, il y avait des cafés, des restaurants, deux bouchers, deux charcutiers, deux boulangers. Il y avait des magasins de pêche à la ligne, des magasins de vente de graines pour les jardins, c'était très varié.

L’origine de l’association du Moulin de Robert était donc davantage la sauvegarde du Moulin et des traditions?

 

Oui mais il y avait des philosophes, des gens un peu éclairés dans l'association et dès le point de départ, dans les statuts était écrit : « utiliser les problématiques d'aujourd'hui pour envisager l'avenir ».

 

Pendant une dizaine d'année l'Association des Amis du Moulin de Robert n'a été qu'un site touristique, c'est à dire : visite du moulin hydraulique, projection d'un court-métrage sur le moulin.

Puis elle a voulu faire quelque chose de vraiment à elle en créant le musée du blé au pain où l'on voit trois métiers: le paysan, le meunier, le boulanger.

 

Le départ est touristique et très vite on a voulu élargir. En 2005, on a créé un jardin conservatoire de variété de blé et d'orge à destination du public dans le champ en face.

L'idée était de faire connaître toutes les espèces de céréales parce qu’on se disait qu’il y a des gens qui ne connaissent pas le blé, alors quand on passe à l'orge, l'avoine, le seigle, le sarrasin, le sorgho... on ne sait plus.

On avait 50 variétés différentes avec toute leur évolution, en passant de l'Egilope qui est un blé sauvage jusqu'au petit épeautre, du blé dur qui celui des pâtes et de la semoule au blé tendre qui est celui du pain.

Il faut savoir qu'il y a une centaine d'année, il y avait au moins cent variétés de blés en France, suivant le coteau, le sol, l'ensoleillement. Maintenant, il n'y en a peut-être qu'une dizaine, si jamais une maladie tombe dessus c'est tous les blés du monde qui sont touchés.

 

C'est vraiment très intéressant parce que ça nous permet d'aborder le problème de la biodiversité et de son importance. On a des blés qui s'adaptent à un milieu et à un climat. On avait des discussions intéressantes autour de ça, c'était aussi au moment de la lutte contre les O.G.M. Ça remettait aussi en cause toute la recherche, la sélection et ce qu'on veut.

 

Entre temps on a organisé des fêtes. On a mis sur pied la fête du blé au pain, dont on a fêté la vingtième édition cette année avec un marché bio de producteurs locaux.

 

La fête des fouées en juin, était l'occasion aussi de visiter les blés parce qu'ils étaient souvent en pleine fleur à ce moment là.

 

En 2010, on a commencé à se poser beaucoup de questions sur le plan touristique, on s'est demandé si on devait continuer. Le conseil d'administration était très partagé, les plus anciens souhaitaient arrêter.

On est allé voir d'autres sites touristiques, on a rencontré le C.E.A.S.72 (le Centre d'Action Social). Ils sont venus nous voir et ils nous ont proposé un D.L.A. (Dossier Local d’Accompagnement) où une personne extérieure, payée par leurs soins observe ce qui se passe et propose des solutions. C'est passionnant parce que c'est un œil extérieur. Cette dame nous a dit "je crois que vous êtes une structure qui créé beaucoup de liens autour des fêtes et des jardins, vous devriez prendre contact avec la CAF".

 

C'est ce qu'on a fait, c'était l'époque du début du concept de l'Espace de Vie Sociale. Ils nous ont proposé de travailler ensemble en créant à Rotrou un E.V.S. Il repose sur nos bases, on continue et même on développe les activités de liens avec la population locale et la C.A.F. nous aident financièrement.

Un espace de vie social

Vous organisez des activités à un prix très réduit et directement en partenariat avec le public. Ici le public est acteur et propose ?

 

Effectivement, à ce moment là on a développé plus d'activités à l'année. Avant, on ne fonctionnait que l'été.

Actuellement, on reçoit des écoles. Une équipe pédagogique s'est mise en place dans le but d'utiliser le site pour devenir un lieu pédagogique tourné vers deux axes: la qualité de l'alimentation et le problème de l'énergie.

C'est donc les deux points forts abordés à chaque fois que l'on reçoit une école.

 

  • La qualité de l'alimentation à travers le blé, le pain. On explique ce que sont les céréales, leurs variétés, comment on fait la farine. On la fait concrètement avec des petits moulins individuels. Les enfants emmènent leur pain et leur farine.

On insiste beaucoup sur cette qualité de l'alimentation. On va voir les jardins de l'école de Vaas, cultivés sans pesticides et avec une grande variété de légumes.

 

L'école de Vaas vient le mardi d'avril à début juillet pour faire un jardin. On a un rectangle de deux mètres carrés pour deux enfants. En dehors des heures d''école, les parents et grands-parent peuvent venir arroser, c'est aussi leur lieu.

Donc la pédagogie c'est de sensibiliser les enfants pour aussi toucher les parents?

Absolument. Il y a une pédagogie pendant que les enseignants viennent avec les enfants, ils sont souvent accompagnés par des parents. Ce sont les parents qui viennent préparer les jardins en butte avant le démarrage début avril, ils sont souvent une vingtaine.

On est aussi souvent là, quand ils viennent pour arroser, on en profite pour discuter. Les parents commencent à bien s'approprier cet espace jardin.

 

Eux-mêmes ont des jardins?

 

Certains ont des jardins mais il y en a beaucoup qui découvrent. Pour nous c'est une grande satisfaction d'avoir vu cet été plein de parents arroser avec l'eau de la rivière. C'est un bel espace.

 

En dehors de l'école de Vaas, on reçoit d'autres écoles et on parle d'énergie parce qu'il y a dix ans, on a installé avec le mouvement de la roue, une génératrice qui produit de l'électricité.

Cette électricité éclaire tout le site :le moulin, le musée, les salles annexes et on en revend.

On montre aux enfants les panneaux solaires thermiques pour les chauffe-eaux, les panneaux solaires photovoltaïques pour produire de l'électricité. On a pratiquement un cours sur les énergies renouvelables, en passant par les casquettes solaires qui font tourner des petites hélices, aux maquettes d'éoliennes. C'est dans le programme des CM et des sixièmes et ça les intéressent énormément.

Des exemples de moulin comme celui-ci ne sont pas rares dans la région, on pourrait facilement installer une génératrice dans d'autres moulins ou bien c'est possible ici parce que vous avez conservé tout l’ancien mécanisme?

 

 

Non, nous l’avons créé. J'estime qu'à partir du moment où on a un barrage, que cette énergie est là, on ne devrait pas la laisser stérile. On devrait l'utiliser pour une génératrice.

D'accord, on ne produit pas grand chose, 6 Kw ce n'est rien mais quand on met des panneaux sur un toit, souvent ils produisent 2,4 Kw crête, c'est à dire que c'est le pic de production au moment où il y a le plus d'ensoleillement. Nous on produit 6 Kw ving-quatre heure sur vingt-quatre.

 

 

Et au niveau du coût carbone et de la rentabilité de cette génératrice?

 

Il faut dix ans pour l’amortir. Il y a eu cette loi qui voulait qu'on rase tous les barrages même ceux qui ont dix siècles et les propriétaires des moulins se sont réveillés en disant, « on veut produire de l'électricité ». Si on veut avoir les droits d'eau, il faut qu'on en fasse quelque chose. Nous avons un moulin et une chute qui ne sont pas très grands mais c'est une production qui a le mérite d'exister et le mérite de provoquer des débats.

 

Vous faites aussi des activités à destination des adultes ?

 

Tous les mardis nous avons un groupe adultes qui s'appelle saveurs et création. On prépare notre programme du mois avec l'idée majeure de pouvoir récupérer tout ce qui peut l'être pour créer autre chose. C'est vraiment basé sur le recyclage. Il y a de la couture, du tricot- crochet, de la cuisine, de la vannerie... On fait suivant les personnes qui viennent et qui proposent leurs savoir-faire.

 

C'est donc un partage de savoir-faire mais aussi une économie ménagère?

 

C'est ça, c'est l'idée de l'autonomie et de la transmission.

 

Qui vient vous voir? Ce sont des personnes de Vaas?

Oui se sont des personnes de Vaas, jusqu'à Château-du-Loir, dans un rayon de dix kilomètres autour du moulin. C'est très proche.

Pour venir à ces activités, il faut payer une adhésion de dix euros à l'année.

 

Le mercredi matin, c'est le mercredi Pitchoun. Les mamans viennent de dix heures à midi, souvent avec des idées. On réalise des petites choses, on échange, c'est familiale.

Ici, il y a plein de choses partout, on peut faire du bricolage, on apprend à se gérer, à gérer l'espace.

 

Ce que j'adore, c'est que les gens commencent vraiment à s'approprier le lieu, c'est à dire que ce n'est pas le moulin de Françoise, c'est aussi le leur. Je n'aime pas trop la notion de propriété privée. Lorsqu'une centaine de personnes vient pour préparer la fête du blé au pain, ils sont chez eux.

 

Le fait que vous n’ayez pas ce rapport à la propriété et que les gens se sentent chez eux participe de leur autonomie? Ils se sentent responsables?

 

Oui ces activités ont commencé de façon régulière une fois par mois et on est passé à toutes les semaines. On est aussi en lien avec la musique. Je fais partie du groupe Bercé Danse et quelques fois on fait des soirées où on joue de la musique.

Pendant les vacances scolaires, on propose des activités à des prix modestes pour les familles. Pour deux heures, on est à trois euros par enfants non adhérents et à un euro cinquante pour les adhérents

 

On a des associations qui pour une cotisation de vingt-cinq euros annuels peuvent utiliser les lieux. Elles sont variées. On a aussi bien le G.S.O. (Groupe Sarthois d'Ornithologie), que l'association de musique Baobab à Vaas, la Vie Libre, une association pour aider les gens qui ont des problèmes avec les addictions. Deux fois par mois, ils viennent pour une séance de yoga du rire.

Dès qu'une association a besoin d'une salle, on est très ouvert. On trouve ça important et puis on a l'aide de la CAF. Donc il faut que ça se répercute sur la vie du moulin.

 

L'originalité de ce lieu, c'est qu'il n'est pas de type administratif. C'est un lieu où il y a de la verdure, des poules... Si on décide d'acheter un nouvel ordinateur ou une imprimante, il n'y a pas de lourdeur institutionnelle.

On peut encore s'améliorer et surtout chercher à ce que tout le monde se sente bien et reconnu. Ici, on n'est pas dans le jugement, chacun mène sa vie.

Le paligloo

Pouvez-vous nous raconter l'histoire du paligloo et de sa construction ?

 

C'est une histoire qui repose surtout sur une personne, Denis Lefranc. C'est une construction dont la structure est faite avec des palettes, y compris le parquet qui est posé sur des pneus. Toute la structure des murs est en paille et en terre. Il y a eu une équipe avec des dons. La terre a été donné par une adhérente, les triangles sont des panneaux publicitaires de récupération. Les gens venaient construire et partageaient le repas.
 

L’idée de départ c'est qu'il y a des gens qui n'ont pas d'argent et qui ont du temps. Ça ne nous a rien coûté sauf du temps et des vis pour les palettes, le reste est de la récupération.

Denis a construit sa maison en paligloo, ça lui a coûté trois mille euros. Il a trente-cinq mètres carrés et autour il a trois fois quinze mètres carrés. Il a une maison superbe, qui fait un peu schtroumphf.

 

La construction s’est faite en collaboration avec l'association CO-Mains, c’est un projet qui touche une problématique liée à la précarité et au mal logement, pourquoi avoir choisi de construire un paligloo ici à la campagne?

Ça s'est fait par amitié avec Denis qui avait ce projet de faire connaître les paligloo. C'est un lieu où beaucoup de gens qui ne sont pas forcément dans cette idée de construction non coûteuse et économe en surface le remarquent. C'est plus l'idée d'une vitrine plutôt qu'une réponse à une demande d'habitat, parce qu'ici il y a beaucoup de passage et de toute sorte de personnes. A chaque fête du blé au pain, Denis est là pour en parler.

C'est vrai qu'il y a beaucoup de maisons, on va le voir de plus en plus, qui sont trop grandes. Des fois il y a une ou deux personnes pour une grande bâtisse qu'il faut chauffer. On retombe sur les problèmes de l’énergie.

Le soucis c'est que le lieu est isolé. Il pourrait être un accueil pour une personne seule de temps en temps. Je ne sais pas comment on va le faire évoluer.

Quelle différence y-a-t’il à vivre dans un habitat rond par rapport à un habitat cubique?

 

J'ai du mal à l'expliquer mais quand on est dans le palidôme on se sent vraiment bien, qu'il fasse hyper chaud ou hyper froid. Au niveau de la température c'est très tempéré mais il n'y a pas que ça. La forme ronde fait qu'on est cocooné.

L'autre avantage que voit Denis, c'est que dans les climats de plus en plus perturbés qu'on va avoir, la forme ronde est sécurisante. C'est une sécurité parce que le vent tourne autour mais ne va pas l'emmener.

Rêver du Moulin de demain et des habitants de Vaas

Comment imaginez-vous le moulin dans quelques années?

 

C'est la vraie question, ça pourrait être génial parce qu'on à tout. On a la gare, c'est important, on a l'eau, on a de trop grandes fermes. Maintenant elles ont en moyenne de cent à cent-vingt hectares, alors qu'on pourrait avoir plein de petites fermes qui font vivre les gens du coin.

On pourrait être plus autonome, en tant que village et en tant que communauté de de communes. Je pense qu'on peut être plus nombreux à la campagne si on est plus autonome. Le problème c'est que le travail est ailleurs et que les gens partent pour travailler.

 

Quel travail pourrait-on inventer ici?

 

On peut déjà inventer au niveau de l'alimentation parce que si on veut manger bio - on a déjà pas mal de fruits et de plus en plus de légumes bio dans la région, mais on pourrait aussi avoir nos blés bio. Peut-être qu'ici on pourrait envisager de refaire vraiment de la farine avec des meules de pierres.

 

Notre moulin est à cylindres d'acier. A la fin du XIX e siècle, on a découvert l'acier, donc on a changé tout le système. Il y avait trois paires de meules en pierre pour les céréales et une meule à huile, pour l'huile de noix et l'huile de graines de courge.

En 1920, on a sorti une meule pour céréales et la meule à huile et on a installé les meules d'acier. Quelques années après, on a sorti les autres meules à céréales. On a donc un moulin que mes parents on fait tourner nuits et jours et qui est d'un entretien énorme.

Il est lourd à faire fonctionner. Par exemple, quand on fait de la farine au mois d'août, on passe trois jours avec trois aspirateurs à 6 personnes à tout nettoyer. Ce n'est pas très durable. Envisager de faire de la farine au moins deux-trois fois par semaine ne me semble pas réalisable. Par contre, il existe maintenant des petits moulins électriques à meules.

 

J'ai des idées complètement utopistes quelques fois mais ça aide dans la réalité. Je verrais bien un moulin partagé, c'est à dire qu'on installe un moulin à meule qui ne prend pas beaucoup de place où les gens viennent avec leurs céréales (ou on leur vend vingt kilos de blé), ils utilisent le moulin et ils repartent avec leur farine.

Ça n'existe sûrement nulle part mais pourquoi pas.

 

Si on réalisait ce projet, on pourrait associer une épicerie solidaire de garde, c'est à dire sans frigo, qui propose les céréales, les huiles et les légumineuses de toutes sortes. Deux tiers de céréales et un tier de légumineuses nous offre les acides aminés que donne la viande ou le poisson et nous maintien en bonne santé. Donc si on a les céréales, l'huile et les légumineuses tout va bien.

 

A partir d’un modèle un peu pétrifié, du Moulin-musée qui présentait les métiers anciens, l’association du Moulin Robert tend désormais à promouvoir un système d’échange local, voir une économie locale basée sur l’alimentation et les énergies autonomes. Elle est parvenue à redynamiser le secteur à partir de ce qui était déjà en place.

 

Oui, on tend vers une économie plus solidaire. C'est un peu dans mes rêves mais il faut rêver aussi. L'idée c'est que les gens s'approprient le lieu et en fasse quelque chose. On ne sait pas ce que nous réserve l'avenir. On a ces bases alimentaires à petit prix puisque c'est un circuit direct et qu'il y a juste l'entretien de ce moulin à assurer, avec tout l'espace qui peut être en jardin.

Il me semble qu'on fait facilement cinquante kilos de farine à l'heure avec le moulin électrique à meule. Ce qui nous gène pour le moment c'est qu'on n'a pas la place, il en faut quand même pour stocker les céréales et on est en zone inondable.