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Le Système d'Echange Local (le S.E.L.) expliqué par Yves et Nadine

Depuis quelques années Yves et Nadine proposent un échange de services par l'intermédiaire du S.E.L. du Maine (l'un des plus anciens Système d'Echange Local de France). Ils nous expliquent son fonctionnement et leurs motivations.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le S.E.L.?

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historique

S.E.L. pour Système Échange Local est une association.

 

Le concept a été inventé par des québécois dans les années 70 avec dans l’idée de partager, de donner accès à des gens qui n’ont pas forcément de grands moyens, à de petites ou grandes choses.

C’est arrivé en France, au départ en Ariège au début des années 90.

 

Le SEL du Maine a été créé en 96 en Sarthe, c’est aujourd’hui l’un des plus vieux de France. Il a la particularité de couvrir presque l’ensemble du territoire de la Sarthe avec à peu près 140 adhérents, ce qui est très rare (on compte cinq S.E.L en Touraine et cinq S.E.L sur Angers et ses environs).

Fonctionnement :

 

Ce n’est pas du don c’est de l’échange. On peut échanger des biens matériels, des savoirs et des coups de main.

 

Pour les échanges de savoirs c’est assez simple, ça peut être des cours d’anglais, de maths, d’informatique...

C’est plus difficile au niveau des coups de main, on fait très attention à ne pas empiéter sur le domaine professionnel.

- Par exemple : si quelqu’un vient te couper les cheveux une fois, c’est de l’échange mais s’il vient te couper les cheveux tous les mois, les impôts considèrent que c’est du travail déguisé.

La limite est un peu floue, on se situe dans la rubrique d’aide, d’entraide.

Il faut faire attention à comment on formule la demande sur le site internet du S.E.L.

 

L’adhésion se fait sur papier, elle coûte 6 € par personne et 12€ pour un couple. Elle se fait par l’intermédiaire de quelqu’un qui est déjà membre car on souhaite expliquer le fonctionnement de l’association pour éviter les adhésions “inutiles” (adhérents n’utilisant pas le système). A ce moment, on demande aux personnes de signaler leurs attentes et leurs propositions.

 

Une fois ton inscription faite, tu as un compte ouvert sur le site internet du SEL en question (puisque le SEL est local) et tu peux faire connaître tes demandes, tes besoins et aussi tes propositions. Elles restent visibles un an.

Si tu consultes le site, tu peux retrouver ça par rubrique : habillement, bricolage, alimentation…

Les annonces internet du S.E.L. passent par un système commun à tous les S.E.L. de France qui s’appelle Community Forge.

 

C’est sur ce compte informatique que tu vas avoir l’échange de monnaie qui va rétribuer l’échange de service. On est sur un système virtuel de monnaie (ce n’est pas gratuit).

On a une valeur de monnaie commune à tous les S.E.L. mais chaque S.E.L. a une monnaie à son nom. Pour le S.E.L. du Maine, on nomme la monnaie la « nousille ».

D’où viennent les « nousilles »?

 

Au moment de l’inscription, chaque adhérent reçoit 60 « nousilles » comme cadeau de bienvenue. Son compte est ouvert et les transactions peuvent se faire.

60 « nousilles » équivaut à 1h de travail dans le cadre d’un coup de main.

Le reste c’est à l’appréciation des deux parties, comme sur un marché. Dans le cadre d’un échange de biens c’est au jugement des deux personnes un peu comme sur une brocante.

 

Un adhérent a le droit d’avoir son compte nousilles en négatif. Il y a quand même des limites. Les transactions sont transparentes, quand tu es adhérent, tu peux voir les transactions des autres.

 

C’est une monnaie de singe tout le monde en est conscient mais en même temps c’est une monnaie symbolique. On encourage les gens à déclarer leurs échanges sur le site.

Nous on le sollicite beaucoup, parce qu’il y a un mouvement qui se fait.

 

Nadine :

Par exemple, il y a une dame qui vient de s’inscrire au S.E.L autour de Chateau-du-Loir. Elle m’a proposé de la laine de mouton brute contre 50 « nousilles ».

Autre exemple ; une dame a récupéré une machine à laver quasi neuve dont elle n’avait pas besoin, elle l’a proposé sur le S.E.L. Une autre dame avait sa machine en panne et n’avait pas les moyens d’en acheter une autre, elle a eu la machine pour 500 « nousilles ».

 

 

Dans un autres genre d’échange de savoir :

 

A La Flèche, un gars a fait venir trois personnes du réseau Salariat pour une conférence.

Ces trois personnes reprennent les théories de Bernard Friot sur le salaire à vie et essaient de les divulguer.

On a fait un échange super intéressant.

 

Globalement ce genre de rencontres marche assez bien.

Les intervenants et les gens venus écouter la conférence ne font pas forcément partie du S.E.L.

C’est une rencontre qui est gratuite pour les adhérents du S.E.L. Celui qui organise la rencontre reçoit 180 « nousilles » de la part de la « banque centrale » de l’association.

Comment s'organise le S.E.L. du Maine ?

 

 

Sur les 140 personnes membres, au moins 100 sont autour du Mans. Ça nécessite pas mal de bénévolat pour gérer le site, les problèmes informatiques, les adhésions et les communications. C’est un système très numérisé.

 

Le SEL du Maine est organisé en “antennes” : Le Mans La Flèche, Bouloire, Bercé. Nous faisons partie de l’antenne de Bercé qui compte une quinzaine d’adhérent(e)s et qui couvre un secteur d’une vingtaine de kilomètres autour de Château du Loir.

 

Avoir un S.E.L. couvrant tout un département a ses limites, quand je vois une annonce qui pourrait m’intéresser mais qui se trouve au nord du Mans, j’hésite à me déplacer. Je préférais regarder des SEL plus proches en Touraine. (Un SEL s’est constitué il y a 1 ou 2 ans à Château la Vallière).

 

C’est toute la difficulté pour ouvrir un S.E.L. à proximité de Chateau-du-Loir. J’aimerais bien le faire mais pas tout seul. Il faut à minima 4 ou 5 personnes prêtes à s’investir. Si on organise quelque chose ici, ce sont les gens du secteur qui viendront.

 

Le budget du S.E.L du Maine est uniquement alimenté par les cotisations des adhérents, mais suffit largement à couvrir les frais généraux, les locations de salles pour les rencontres...

 

Le S.E.L est une association: elle fait donc son assemblée générale tous les ans (enfin, quand il n’y a pas de pandémie!) et élit un bureau de 6 ou 7 personnes en charge de la direction.

 

Toutes les rencontres sont organisées sous le signe de la convivialité: galettes en janvier, buffet lors de l’AG, repas en fin d’année... Parmi ces rencontres il faut aussi noter les inter-SEL où sont invité(e)s les adhérent(e)s de S.E.L voisins (Angers, Tours, Laval).

Depuis combien de temps faites-vous partie du S.E.L. du Maine ? Pourquoi avez-vous souhaité y participer et quelles ont été vos propositions ?

 

 

On est au S.E.L. depuis 4 ou 5 ans.

 

Nadine ;

Pour moi c’est d’abord pour la rencontre, mais si j’avais été seule, je n’aurais jamais adhéré au S.E.L. car les demandes se font par internet et je n’aime pas cet outil.

 

J’ai fait la proposition de partager mes connaissances en plantes sauvages. J’ai fait 4 sorties en trois ans.

Avec ma laine, je vais me faire un manteau. J’ai déjà fait un atelier de laines feutrées. Si mon projet marche, avec le S.E.L. je ferais une proposition ce stage de laine feutrée (quelque chose de simple ou tu peux découvrir un matériaux noble et le partager avec les autres).

 

Yves ;

On est pas mal dans un partage de savoirs.

Je connaissais le principe à Morlaix et à Die.

 

J’ai fait la proposition de montrer comment faire une vidange à quelqu’un qui n’en a jamais fait.

Je suis représentant du S.E.L. de Bercé. Je serais plus actif au S.E.L. s’il y avait plus d’annonce localement.

 

L’été dernier j’ai proposé une rencontre au Moulin de Rotrou. Une quinzaine de personnes sont venues et ont pu échanger des objets, partager un repas, marcher ensemble et visiter le moulin. Sachant que dans le S.E.L. du Maine, il y a beaucoup de personnes âgées et des personnes seules, donc on a un volet social assez important et les rencontres sont là pour ça. Ça permet aux personnes qui n’ont pas trop les moyens d’avoir des activités l’été et de les sortir de la solitude.

 

Quelque fois pour une personne âgée, monter sur un escabeau et changer une ampoule c’est compliqué. Le S.E.L. est aussi là pour ça.

Tu dis que les personnes qui viennent au S.E.L. du Maine sont âgées pour la plupart, quelle est leur démarche au départ ?

 

Ce que je ressens d’abord chez beaucoup de personnes c’est vraiment le besoin de rencontre.

Ensuite il a beaucoup de personnes intéressées par des sujets écologiques, comme le montre le succès des journées “plantes sauvages” de Nadine.

Ça peut être la fabrique de savon, plein de choses dans ce genre là… des personnes motivées par ça.

C’était peut-être moins évident à l’origine de la création du S.E.L. du Maine. On parlait moins d’écologie à ce moment-là, c’était plus basé sur la notion d’échange.

Maintenant l’écologie pratique est vraiment rentrée dans les activités. Déjà à la base, il y a quelque chose d’écologique dans la démarche.

Vous avez de nouveaux inscrits chaque années ?

Oui, cette année sur l’antenne de Bercé, nous avons accueilli deux jeunes couples.

Ça peut être très intéressant pour de jeunes couples (tout ce qui est échange de vêtement, jouets, emmener les enfants aux activités, du soutien scolaire, le covoiturage…).

Je suis très content de voir des jeunes adhérer, j’aimerais bien qu’il y en aie plus, il y aurait d’autres idées.

 

Nadine ; ce qui serait intéressant pour nous, ça serait que les échanges ne soient pas trop loin. Jupilles ça commence déjà à être loin.

Comment vous faites-vous connaître ?

Deux fois par mois, il y a une permanence du S.E.L. du Maine à la Maison des Associations du Mans, les premiers et troisièmes lundis du mois de 16h à 19h.

On a des stands parfois, j’ai connu le S.E.L. du Maine au forum des initiatives en novembre 2015 au Lude. C’est comme ça que j’ai adhéré.

 

On n’a pas de Facebook, personne ne s’en occupe. Seuls deux personnes gèrent le site, Emmanuel et Evelyne.

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La route des S.E.L.

Il y a aussi la route des S.E.L., c’est de l’hébergement sur le même principe.

 

Il s’agit d’un autre site. Tu peux t’inscrire sur la route des S.E.L. moyennant une adhésion de 7€ et après un an d’adhésion à un groupe S.E.L. (pour que ce ne soit pas une adhésion opportuniste, le temps d’un week-end).

C’est le même principe que pour le S.E.L., tu ne peux pas rentrer dans le site sans être adhérent.

 

Quand tu t’inscris sur la route du SEL, tu as accès à toutes les personnes adhérentes qui proposent un lit, un canapé, un bout de jardin… Il est fortement conseillé aussi de proposer un hébergement en retour.

 

Là les deux personnes se mettent d’accord :

Certains proposent un repas, un repas partagé, une ou plusieurs nuits. Certains proposent de faire visiter leur région…

Par contre la nuit est fixée à 60 nousilles (ou radis ou autres) par personne.

 

Est-ce qu’on peut utiliser la route des S.E.L. ailleurs qu’en France ? Au Québec ? En Europe ?

 

Je ne sais pas. Je sais qu’il y a des gens en Suisse, en Belgique… Sur l’Europe francophone, tu peux trouver des S.E.L. d’hébergement.

https://www.route-des-sel.org/