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Acerca de

En 2018, le Saint-Jacques, dernier café du village, est racheté par une cinquantaine de personnes sous la forme de S.C.I.  pour le maintien d'un tissu social dans le village.

Il est depuis géré de façon collaborative par l'association la Brass vie qui, au delà des activités de  bar et de restauration anime le lieu, proposant diverses offres culturelles et associatives.

Yoan, Denis et Joël nous racontent ce que représente pour eux la Brass vie à Jupilles.

Yoan

Votre site internet étant déjà très complet, peux-tu expliquer en quelques mots ce qu’est le café le Brass’vie (anciennement le Café Saint-Jacques) ?

 

C’est le dernier café historique du village qui a été sauvé par les habitants et autres personnes qui l’ont acheté et des bénévoles pour faire vivre le lieu au quotidien.

On essaie de mettre tous les outils en place pour que chacun et chacune se sente libre d’organiser et de faire toutes ses envies grâce :

  • à l’agenda en ligne, où tout le monde peut mettre ses activités,

  • un affichage et un organisationnel sur place pour que tout le monde soit à peu près autonome.

On essaie le plus possible d’avoir une transparence dans un fonctionnement où, tout bénévole dès le début, a plein d’outils disponibles pour prendre en main les choses. Il n’y a pas besoin de gravir les échelons en essayant de grappiller les informations.

Ça fait un fonctionnement joyeux et fluide.

Peux-tu expliquer à titre personnel ton engagement ici plutôt qu’ailleurs ? Qu’est-ce que le café associatif représente pour toi ?

 

J’en avais marre de militer à distance. Je faisais partie de plusieurs mouvements qu’ils soient syndical, associatif, écologique... et le militantisme c’était principalement des réunions, parfois des manifestations mais il fallait prendre la voiture pour se retrouver.

Je voulais un lieu où il pouvait se passer tout ça en même temps, où on pouvait tout autant vivre, passer du bon temps ensemble, faire des réunions sur des sujets dont on avait envie, faire ensemble…

J’habitais en campagne et tout se passait en ville et en plus ça demandait de prendre la voiture. J’ai voulu participer à créer dans mon village ce lieu qui me permettais de m’épanouir sans prendre la voiture.

 

J’ai remplacé le fait d’être « contre » par du « faire concrètement », à petite échelle mais dans un tissu social riche. Pour moi c’est autant important parce que le fait de créer des endroits locaux où les gens ont confiance en eux, ont l’habitude de travailler ensemble, de ne pas être d’accord et de surmonter cela, c’est des lieux dont on a absolument besoin dans le monde d’aujourd’hui et dans celui qui va venir.

Le bâtiment mais aussi le jardin ont été acheté par les citoyens sous forme de S.C.I,. est-ce que les membres de la S.C.I. sont aussi investis pour faire vivre le lieu en tant que bénévoles ?

 

Pas tous ; pas ceux qui habitent loin. Il y a des gens qui sont des amis ou de la famille des habitants de Jupilles, d’autres qui sont partis. Ils sont heureux de savoir que ça marche, mais pas plus.

On peut quand même compter environ la moitié de la S.C.I. qui est bénévole.

 

Je fais partie de la S.C.I. mais pas depuis le début. J’y suis rentré un an après, parce que la S.C.I. a rouvert le capital pour faire des travaux sur la corniche. J’étais bénévole au départ et je voulais au début faire la distinction entre être bénévole de l’asso et membre de la S.C.I. et puis ça a évolué.

 

Il y a un contrat de bail qui est clair et qui est géré par la loi.

La S.C.I. est propriétaire des lieux, elle a fait un bail commercial à l’association.

Ce qui relève du propriétaire c’est que les murs soient hors eau, hors air et les gros œuvres. Tout ce qui est fonctionnement intérieur c’est l’association.

Dans l’autre sens, jamais l’association n’a un droit de regard sur ce que fait la S.C.I..

 

Les bénévoles de l’asso peuvent être membre de la S.C.I., mais c’est rarement en tant que membre de la S.C.I. qu’ils sont bénévoles.

 

Il y a eu des gros travaux de fait par l’association pour l’aménagement et l’accessibilité des salles du haut. La S.C.I. a participé à l’achat de matériaux et elle a décidé de ne pas demander un trimestre de loyer pendant le premier confinement parce qu’elle était solidaire de notre activité.

Une S.C.I. rapidement crée, une cinquantaine de bénévoles et plus de 2000 adhérents la première année c’est plus qu’une réussite. Mais pour un village de 570 âmes, il y avait déjà pas mal d’activités avec des commerces de proximité, de l’artisanat, Carnuta, l’Escampe, anciennement la Maison bleue et le marché le dimanche. Bref, un tissu social actif et des personnes qui font vivre le petit commerce. Pour qu’un lieu de partage comme celui-ci puisse naître est-ce qu’il faut un tissu social bien établi en amont ?

 

On peut absolument rendre hommage à ceux qui faisaient vivre Jupilles avant la Brass’vie : le foyer rural, la Maison bleue, l’Escampe, Marcel Ollivier qui est un peu au cœur de tout ça. Il a monté le musée, le foyer rural. Il y avait vraiment un tissu de gens qui bossaient ensemble. Il y avait une cigale qui nous a aidé financièrement. Il y a certaines personnes comme ça qui n’y croyaient pas mais qui venaient aux réunions et si la mayonnaise a pris c’est parce qu’ils avaient l’habitude de travailler ensemble.

 

Jupilles est un lieu touristique. La forêt de Bercé qui est classée forêt d’exception européenne est souvent appelée forêt de Jupilles. En Sarthe, quand les gens vont aux champignons, ils vont à Jupilles.

Anciennement, il y avait le Chêne Boppe, mais il y avait aussi l’Hermitière qui historiquement est un lieu ultra riche de danse et le café Saint-Jacques aussi.

La première année, il ne se passait pas une semaine sans qu’on me dise « J’ai rencontré ma première femme ici », « Je me suis marié ici » « Je venais toutes les semaines à vélo avec mes potes ici ». Le Saint-Jacques c’est beaucoup de souvenirs dans la tête des sarthois.

Il y a, à ma connaissance, au moins trois cafés associatifs dans la région. Le principe de fonctionnement est le même (adhésion, consos, animations) mais au Brass vie cela semble assez différent, ce n’est pas qu’un lieu de rencontres et de convivialité.

Vous avez aménagé les salles supérieures, vous avez organisé pas mal de rencontres, d’animations de conférences (parfois engagées). J’ai vu des usagers de Jupilles et des alentours mais aussi des personnes beaucoup plus éloignées (Le Mans), et un public qui ne serait pas forcément venu sans les animations.

C’est presque un lieu de vie, un lieu d’expression à la campagne.

Est-ce dû au dynamisme des personnes, à la liberté de ne pas dépendre de la mairie ?

 

En effet, on l’a appelé Brass’vie et ça a pris tout de suite. Dès le début c’était une volonté d’offrir un lieu de vie à Jupilles et donc pas seulement de reprendre le café-restaurant.

L’objet de l’association des les statuts commencent par les services bar et restauration (avec quelque chose de social et de local) et puis, il y a un égrainage de toutes activités qu’on a envie de faire pour que ça soit un lieu de vie. Ça peut se résumer en culturel au sens très large : musique, philo, discussions, énormément d’activités diverses...

Il y a beaucoup de bars de ville qui accueillent des événements associatifs ou politiques, en effet pas trop en campagne. Les néo-ruraux, ils sont là. On est quand même plusieurs personnes à avoir ou à avoir eu une expérience de ville. C’est peut-être ce qui fait que tu peux y retrouver des particularités de ce qui se fait en ville.

Et puis, comme je le disais au début, il y a aussi le fait qu’on laisse la liberté à toutes les personnes de faire quelque chose. Du coup, certaines n’ont plus peur de proposer. Il y a des choses un peu politiques comme Juan Branco, les gilets jaunes, (ces deux proposition venaient de personnes extérieures à l’association, nous avons seulement accueilli l’événement) ; la collapsologie mais il s’est passé aussi une personne qui a proposé un week-end sur la culture indienne, deux personnes qui ont monté un festival de clown sur deux jours, une autre qui a monté une équipe de cinq-six personnes pour faire un festival de jazz...

C’est fou et à mon avis ça ne se serait pas passé s’il n’y avait pas cette culture de chacun fait ce qu’il a envie de faire.

 

Le fait qu’on soit locataire et que le propriétaire ne soit pas la mairie, le fait qu’on n’est aucune subvention et qu’on n’est pas de salarié, réellement on se sent libre.

 

Pas de salarié ça veut dire pas de charges lourdes et tous les bénévoles sont au même niveau. Il n’y a pas de - « Ah oui mais lui il est payé pour ça, donc ce n’est pas mon boulot », c’est : « Tu veux que ça soit fait ? Fais-le ! ». C’est vraiment fort pour que toutes les personnes se sentent investies dans le lieu.

Pas de subventions mairie, département ça veut dire pas de regard et pas de dossier à remplir.

Des propriétaires qui sont privés, qui veulent que le lieu vive sans droit de regard ça aide à la liberté, à la possibilité de faire des choses.

 

Il y a presque plus de bénévoles dans les autres activités que dans le bar, quand tu comptes les activités musiques, langue des signes, organisation de spectacles, faire du pain, les échecs, l’informatique… Il y a une équipe ménage et une grosse équipe travaux. La restauration est aussi une grosse équipe.

Au final, sur deux mois il y a 70 bénévoles qui passent et il n’y en a que 20 qui font le bar.

Il y avait déjà ce café Saint-Jacques est-ce qu’il y avait un espace de rencontre, de vie, dans le village ?

 

Il y avait la Maison Bleue. Elle était ouverte tous les dimanches. Les gens venaient prendre le café, ça discutait de ce qui se passait en ce moment. Ça pouvait être les paniers, la greffe, les eaux florales… Tout ce qu’ils faisaient comme activités artisanales.

C’est là, avec l’Escampe, que j’ai rencontré les gens de Jupilles. Ce lieu là a été remplacé et élargi par la Brass vie.

 

Ce sont pas mal de personnes engagées dans la bio?

 

Je pense qu’il faut mettre social et écolo plutôt que bio.

C’est quelque chose qui nous est reproché, qu’on ne serve pas de Coca Cola, pas de Kronembourg.

Notre bière est bio et locale, notre coca est fabriqué artisanalement à Tours. C’était une volonté des fondateurs de l’asso tout en essayant de n’exclure personne.

On trouve ça important que socialement ça marche et qu’on n’ait pas une emprunte écologique aberrante.

Par exemple, on a vu servir au bar en même temps un ancien chef de service de chirurgie et une personne qui n’a jamais bossé et qui est un peu exclue de la société de par son handicap.

Vous avez fait pas mal de comm et le bouche à oreille fonctionne bien. Au delà de ça, est-ce que les animations, les conférences que vous avez proposé ont fait venir un public nouveau ? Ce n’est pas évident de faire venir des citadins un dimanche matin à la campagne.

 

On n’a pas fait de pub en dehors du village. Il y en a eu parce que les journalistes viennent nous trouver. Mais comme on ne cherche pas de subventions, on ne cherche pas à faire de la pub. On met très peu ce qui va se passer dans les journaux.

On envoie une newsletter chaque semaine. Actuellement, il y a trois mille personnes qui la reçoivent et il y a la page Facebook.

Depuis l’ouverture du bar en juin 2018, à peu près six mille personnes ont adhéré. Avant le confinement on était à peu près à trois mille adhérents. Aujourd’hui on doit être mille.

 

Certains évènements ont fait venir un public nouveau. Il y a eu un public spécifique pour le festival de clown, pour celui de jazz, pour Juan Branco…

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Est-ce que tu vois une évolution dans l’appropriation du lieu, les habitudes des usagers ?

 

On est à un moment charnière pour deux raisons : on est fermé depuis trois mois avec la crise du « pass sanitaire » et très prochainement on va ouvrir avec les salles du dessus déclarées ouvertes au public. Donc rouvrir avec un étage ça peut vraiment faire évoluer le lieu.

Souvent on se dit qu’on n’a pas assez de place pour le bar et les activités. J’espère que cet espace sera utilisé par d’autres personnes, d’autres associations, qu’on aura vraiment un espace de partage et j’espère aussi un espace informatique.

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Quels jours et quelles activités fonctionnent le plus ?

 

Le dimanche matin parce que c’est le jour de marché, avec le café philo qui fonctionne très bien. S’il y a un repas en plus le midi c’est vraiment le combo.

La restauration est primordiale dans le fait que ça ait marché. Le dimanche quand les gens ont bien mangé et qu’il y a eu une bonne ambiance, ils restent jusqu’à 15h30.

 

Le vendredi ou samedi soir aussi, concert ou soirée musicale plus restauration ça fait venir beaucoup de gens.

Le Saint-Jacques

Place Ricordeau, 72500 Jupilles

 

Contact Association Brass vie

06 11 61 93 95

(pendant les heures d’ouverture)

brassviejupilles@gmail.com

Voir Aussi: